Le soir.

Bien souvent, j’ai rêvé, sur le bord d’un talus,
Assis sur une pierre, ou un soc de charrue,
Alors que sous mes yeux, de pauvres bœufs peinaient
Devant le paysan qui les aiguillonnait.

Par moment l’attelage, au détour d’un talus,
Sombrait hors de ma vue, reparaissant soudain,
Ce genre de naufrage, se répétait sans fin
Quand sonnait l’angélus, je ne les voyais plus.

Car c’est l’heure en Bretagne de la fin des travaux
L’heure où le bras s’arrête, où la main se repose.
Les charrues délaissées ne sont plus que des choses
Qu’on laisse au bord du champ, quand on rentre au hameau.

La nuit déjà s’étend, se coule entre les arbres,
Les collines s’habillent de nuance violette,
Seule une tâche d’or vient parer de facettes
La pente de granit qui ressemble à du marbre.

Et chaque soir ainsi, tout est transfiguré,
La vallée, maintenant, semble être un trou sans fond
La nuit monte vers mois et sème une moisson
De génies romanesques, de monstres endiablés.

Mais ils ne m’effraient pas, je descends en chantant
Le sentier parfumé qui rejoint la grand-route.
Voici que sur ma main, tombent de grosses gouttes,
Je remonte mon col et je rentre en courant.

Mars 1965, Novembre 2014

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