Une minute de silence

À ce propos, que dire et faire ?
Se dresser avec sa conscience,
Respecter scrupuleusement
Cette minute de silence
Où il faudrait juste se taire ?
Je la voudrais plus solidaire,
La mort est-elle moins cruelle
Quand elle n’est qu’individuelle ?

Des noms que l’on n’égrène pas
Dans les cérémonies d’hommage,
Noms de ceux que l’on n’entends pas,
Qui ne sont pas sur les images.

C’est l’irruption des attentats,
Leur effet de sidération,
Et aussitôt le branle-bas
D’experts en désinformation
Martelant péremptoirement
La logorrhée des certitudes
Qu’ils nous assènent d’habitude.
Réfléchissons, prenons le temps.

Ces noms que l’on égrènera
Dans la cérémonie d’hommage,
Masqueront ceux qu’on ne voit pas,
Qui ne sont pas sur les images.

La montée des eaux les fait fuir,
Ou les ravages de la guerre,
Ou bien leurs rêves d’avenir.
Ils ont rencontré la misère
Le long des routes de l’exil
Où chaque pas est un péril !
Demain, si les eaux montent encor
Cela fera combien de morts ?

Ces noms qu’on n’égrènera pas
Dans des cérémonies d’hommage,
Noms de ceux qui n’arrivent pas,
Ils n’atteignent pas le rivages.

Peut venir qui fuit un tyran,
On ne veux pas des boulimiques
Qui se seraient mis en chemin
Pour venir bouffer notre pain !
La misère, on la fabrique !
Les tyrans, on est dans leur rangs !
Toujours moins cher ! Et nous on croit
Que ça ne fait pas de dégâts ?

Ces noms qu’on n’égrènera pas
Dans des cérémonies d’hommage,
Noms de ceux qu’on n’accueille pas,
Verront-ils la fin du voyage ?

Ici, c’est un peu tous les jours
Dans des accidents du travail,
Mais ils n’ont pas droit au discours,
Ce n’est qu’une mort au détail.
Quand on se retrouve orphelins,
Croyez-vous qu’on en souffre moins ?
Même à dose homéopathique,
Le massacre est systématique !

Ces noms qu’on ne prononce pas
Dans des cérémonies d’hommage,
Noms de ceux qu’on ne montre pas,
Pour eux, pas de droit à l’image.

Pour le moment, ça te rassure,
Y’aurait pas trop d’armes chimiques !
Va faire un tour dans la nature,
Dans les hôpitaux, les cliniques !
Vas-y, tu vas rencontrer ceux
Qu’on assassine à petit feu !
Ils sont victimes du pognon,
Jamais, on n’entendra leur noms !

Tous ceux que l’on ne cite pas
Dans ces cérémonies d’hommage,
Ceux dont ils font taire la voix,
Dont ils effacent les images !

Coda :

Faire le tri dans les souffrances,
Ce n’est pas digne de la France.
La belle, celle qui m’est chère,
Celle des Révolutionnaires !

Décembre 2015,  septembre-octobre 2016
Après les attentats de Paris de novembre 2015, j’étais mal à l’aise du fait de leur traitement médiatique qui occultait tous les autres sujets, plus de nouvelles des migrants et des drames se déroulant en méditerrannée, et toujours riens sur les accidents du travail, les suicides de travailleurs, les maladies professionnelles et autres sujets occultés. Mais plus encore, du sang à la une, du sensationnel (au sens premier) utile pour faire peur, pour alimenter la haine de l’autre, de celui qui serait différent … et par la cérémonie d’hommage  aux victimes, puis j’ai retravaillé ce texte pour le dire, entre autres, lors de la 13ème édition des polypoésies de Limoges le 21 octobre 2016 et ensuite une recherche de plus de rigueur pour la marche du 18 mars 2017.

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